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samedi 5 mars 2005 |

MARSEILLE (CIRA) : Conférence-débat avec Pierre Jouventin sur le thème : Science & Société - Un couple en instance de divorce

samedi 5 mars 2005

MARSEILLE (CIRA) : sa­me­di 5 mars 2005 à 15 heures. Confé­rence-dé­bat avec Pierre Jou­ven­tin sur le thème : Science & So­cié­té - Un couple en ins­tance de di­vorce. Alors que les po­li­tiques ne pensent qu’à leur ré­élec­tion, le chan­ge­ment cli­ma­tique est en marche sans so­lu­tion de re­tour. Les USA, qui pro­duisent le plus de gaz à ef­fet de serre, ont re­je­té les ac­cords de li­mi­ta­tion pour ne pas nuire à leurs in­dus­tries et mis la main en Irak sur le pé­trole, la res­source na­tu­relle la plus vi­tale qui est en voie d’épui­se­ment. L’éco­lo­gie n’est plus consi­dé­rée comme une science et nos Verts se dis­putent les stra­pon­tins pen­dant que la mai­son brûle. La plu­part des phi­lo­sophes et scien­ti­fiques mo­dernes ont pro­lon­gé le mythe pro­mé­théen, le « Crois­sez et mul­ti­pliez... As­ser­vis­sez la na­ture » des re­li­gions mo­no­théistes, sans trop en voir les consé­quences et en ou­bliant une évi­dence bien connue des "pri­mi­tifs" : nous sommes in­clus dans la na­ture. La science par ses ap­pli­ca­tions tech­no­lo­giques a été in­di­rec­te­ment la cause de cette ac­cé­lé­ra­tion pro­di­gieuse de l’his­toire et nous de­vrions ar­ri­ver dans quelques di­zaines d’an­nées aux li­mites de cette vi­sion à court terme.
Avant d’être éco­no­mique, la dé­rive est idéo­lo­gique et elle at­teint des som­mets de raf­fi­ne­ment chez les so­phistes mo­dernes. Par exemple l’of­fen­sive la plus ef­fi­cace contre la rai­son ne vient plus de la re­li­gion ou de la su­per­sti­tion mais de l’in­té­rieur, c’est-à-dire de cer­tains cher­cheurs des sciences de la culture qui re­mettent en cause l’ob­jec­ti­vi­té des sciences de la na­ture par un re­la­ti­visme ex­trême. La confu­sion in­tel­lec­tuelle qui en ré­sulte est pire que l’obs­cu­ran­tisme car elle dé­mo­bi­lise les in­tel­lec­tuels et oc­culte toute so­lu­tion hu­ma­niste. On l’a vu avec l’as­tro­logue Eli­za­beth Teis­sier à la­quelle des pro­fes­seurs de l’Uni­ver­si­té en so­cio­lo­gie post-mo­derne ont dé­cer­né le titre de Doc­teur es Sciences...
Il est vrai que les dys­fonc­tion­ne­ments crois­sants de nos so­cié­tés amènent à au­tre­ment plus de pru­dence qu’au Siècle des Lu­mières ou du So­cia­lisme triom­phant lorsque l’ave­nir hu­main, au­jourd’hui si me­naçant, pa­rais­sait en­core ra­dieux. Au ni­veau ac­tuel de connais­sance, il était pour­tant pos­sible de conci­lier sciences « dures » et « molles », d’évi­ter une « guerre des sciences », de faire conver­ger sciences de la na­ture et de la culture, pro­grès scien­ti­fique et so­cial. Dans ce « meilleur des mondes » qui se met en place à marche for­cée, il de­vient urgent d’y voir clair et de ne pas se trom­per d’ad­ver­saire. La science, voie ma­jeure de com­pré­hen­sion du monde, loin d’être niée, doit être ré­in­ves­tie et dé­tour­née au ser­vice de l’homme, bref il s’agit de ré­ha­bi­li­ter, s’il est en­core temps, une « science avec conscience ».

Pierre Jou­ven­tin est di­rec­teur de re­cherche au CNRS