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samedi 1er décembre 2007 |

MARSEILLE (CIRA) : Conférence-débat animée par Lou Marin L’héritage de M.K. Gandhi (1869-1948) soixante ans après sa mort

samedi 1er décembre 2007

MARSEILLE (CIRA) : Confé­rence-dé­bat ani­mée par Lou Ma­rin L’hé­ri­tage de M.K. Gand­hi (1869-1948) soixante ans après sa mort
Le soixan­tième an­ni­ver­saire de l’in­dé­pen­dance de l’Inde à eu lieu cet été 2007. Le 30 jan­vier 2008, ce se­ra la com­mé­mo­ra­tion du soixan­tième an­ni­ver­saire de l’as­sas­si­nat de Gand­hi.
L’in­tel­lec­tuel in­dien Ashis Nan­dy a contri­bué avec son livre sur Gand­hi à l’inau­gu­ra­tion des Post-Co­lo­nial Stu­dies. Ashis Nan­dy ex­pose une no­tion so­cio-psy­cho­lo­gique de l’an­ti-co­lo­nia­lisme, se­lon la­quelle le co­lo­nia­lisme cause du tort à la fois aux co­lo­ni­sés et aux co­lo­ni­sa­teurs. Le co­lo­nia­lisme en­cou­rage en par­ti­cu­lier des va­leurs et des com­por­te­ments mas­cu­lins, guer­riers, dis­ci­pli­naires, uni­for­mi­sés, orien­tés vers le pro­grès et la pro­duc­ti­vi­té, en bref des va­leurs mo­der­nistes. Cer­tains cou­rants ter­ro­ristes et vio­lents de l’an­ti-co­lo­nia­lisme re­pro­duisent ces va­leurs co­lo­niales dans les consciences, les com­por­te­ments et les moyens de lutte même dans les so­cié­tés post-co­lo­niales.
L’an­ti-co­lo­nia­lisme de Gand­hi sur­monte le cadre qui met en scène un joueur co­lo­nia­liste et un contre-joueur an­ti-co­lo­nia­liste en re­fu­sant les va­leurs mas­cu­lines et guer­rières. Gand­hi a ain­si créé une stra­té­gie de ré­sis­tance in­di­gène, l’ac­tion non-vio­lente (Sa­tya­gra­ha) en s’ap­puyant sur cer­taines tra­di­tions an­dro­gynes, fé­mi­nines et non-guer­rières de l’Inde ain­si que sur cer­taines pra­tiques hy­brides et anar­chiques de l’hin­douisme. Sur la base de ces tra­di­tions au­toch­tones, cette concep­tion de ré­sis­tance se so­li­da­rise et s’al­lie avec des cou­rants al­ter­na­tifs, mi­no­ri­taires, non-guer­riers, non-vio­lents, de la culture du co­lo­ni­sa­teur, la Grande-Bre­tagne (c’est-à-dire l’Oc­ci­dent : des chré­tiens non-confor­mistes comme C.F. An­drews ain­si que George Or­well, Os­car Wilde, Vir­gi­na Woolf, etc.). Ain­si l’in­ter­pré­ta­tion de l’an­ti-co­lo­nia­lisme gand­hien par Ashis Nan­dy n’est pas un re­la­ti­visme cultu­rel, mais un uni­ver­sa­lisme al­ter­na­tif. Ce­la ma­ni­feste la force et la ra­di­ca­li­té de l’an­ti-co­lo­nia­lisme de Gand­hi.
Avec la pa­ru­tion de son livre, Ashis Nan­dy fai­sait par­tie, dans l’Inde des an­nées 1980, d’une vague d’« in­di­gé­nistes » ou de « tra­di­tio­na­listes cri­tiques » par­mi les nom­breux cou­rants de l’hé­ri­tage de Gand­hi, puis­qu’ils ont don­né une plus grande im­por­tance à la culture in­dienne dans le cadre de sa ren­contre avec la mo­der­ni­té eu­ro­péenne. En même temps, la concep­tion an­ti-co­lo­nia­liste de Nan­dy s’est op­po­sée à l’émer­gence du cou­rant hin­dou-na­tio­na­liste, mas­cu­li­niste-guer­rier et re­li­gieux-fon­da­men­ta­liste des castes su­pé­rieures, et cette ré­sis­tance est au­jourd’hui en­core très im­por­tante pour l’Inde.
Avant de faire un compte-ren­du du livre de Ashis Nan­dy, son tra­duc­teur al­le­mand Lou Ma­rin, pré­sen­te­ra l’his­toire de l’hé­ri­tage des idées et de la concep­tion an­ti-co­lo­nia­liste de Gand­hi de sa mort jus­qu’à nos jours.
Lou Ma­rin est le tra­duc­teur en langue al­le­mande du livre de Ashis Nan­dy pa­ru en an­glais : The In­ti­mate En­ne­my : Loss and Re­co­ve­ry of Self un­der Co­lo­nia­lism (New Del­hi, Ox­ford Uni­ver­si­ty Press, 1984). Cette tra­duc­tion doit pa­raître dé­but 2008 aux édi­tions Gras­wur­zel­re­vo­lu­tion.
Une tra­duc­tion française est pa­rue cette an­née sous le titre L’en­ne­mi in­time : perte de soi et re­tour à soi sous le co­lo­nia­lisme (Fayard, 2007, col­lec­tion « Les qua­rante pi­liers », 18 eu­ros).