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samedi 24 mai 2014 |

MARSEILLE (CIRA) : Une société sans argent ? : causerie par Jean-François Aupetitgendre

samedi 24 mai 2014

MARSEILLE (CIRA) : Une so­cié­té sans ar­gent ?  : cau­se­rie par Jean-François Au­pe­tit­gendre

(At­ten­tion au chan­ge­ment d’ho­raire ex­cep­tion­nel)

Les mé­dias nous abreuvent quo­ti­dien­ne­ment de su­jets de po­lé­miques écrans (des élec­tions à la théo­rie du genre…), sans doute pour nous faire ou­blier les vraies ques­tions telles que le Grand mar­ché trans­at­lan­tique (GMT), le dé­man­tè­le­ment des ac­quis du Conseil na­tio­nal de la ré­sis­tance (CNR), l’ap­pau­vris­se­ment de la classe ou­vrière eu­ro­péenne, la mise à sac des pays du Sud, et en par­ti­cu­lier le cas de la Grèce, la­bo­ra­toire du néo­li­bé­ra­lisme… Dans le doute quant aux moyens de faire front face à cette « fin de l’his­toire pro­gram­mée », il est bon de re­ve­nir aux fon­da­men­taux, de ré­flé­chir à la clef de voûte de l’édi­fice, au pa­ra­digme qui condi­tionne tout le reste, l’ar­gent.
En ré­di­geant le texte du Porte-mon­naie, j’ai vou­lu en pre­mier lieu dé­crire à quel point l’ar­gent condi­tion­nait l’en­semble de notre vie. Les uns courent après, les autres le dé­daignent, mais tout le monde en parle, tout le monde en souffre ou en pro­fite, se fait ex­ploi­ter ou ex­ploite. Chan­ger de sys­tème mo­né­taire c’est chan­ger de mode de vie, de forme de so­cié­té. Il suf­fit d’ima­gi­ner ce qui se pas­se­rait si d’un seul coup l’ou­til mo­né­taire nous fai­sait dé­faut pour s’en convaincre.
Mon pro­pos était donc de m’adres­ser au plus grand nombre. J’ai donc op­té pour le ro­man qui per­met toutes les fan­tai­sies et fa­ci­lite la lec­ture. J’ai ima­gi­né un crash bour­sier en 2029 (clin d’œil à ce­lui de 1929) en­traî­nant une hy­per­in­fla­tion mon­dia­li­sée. L’ar­gent, d’un jour à l’autre, ne rem­plit plus sa fonc­tion, mais il faut bien conti­nuer à vivre, à man­ger, à se chauf­fer, à se dé­pla­cer… Une fois ce pré­texte po­sé, je pou­vais à la fois dé­crire les mé­faits de la mon­naie et dé­mon­trer que son abo­li­tion ne se­rait pas la fin du monde. Je pou­vais ame­ner le lec­teur à se po­ser la ques­tion de l’État, du tra­vail sa­la­rié, de la pro­prié­té pri­vée.
Un de mes lec­teurs, at­ten­tif et culti­vé, a eu vite fait de re­pé­rer mes lec­tures et les pas­sages se ré­fé­rant à Prou­dhon, Ba­kou­nine, Fou­rier, Re­clus, Kro­pot­kine, Ma­la­tes­ta et les autres… Mais beau­coup d’autres, ne connais­sant au­cun de ces gens-là, n’y ont vu qu’une uto­pie, un autre pos­sible face à l’in­sup­por­table « il n’y a pas d’al­ter­na­tives » que l’on vou­drait nous in­cul­quer.

Le porte-mon­naie, n’est pas ex­haus­tif et cer­tains su­jets ont été ou­bliés ou seule­ment sur­vo­lés. Mais on ne pro­pose pas un chan­ge­ment de ci­vi­li­sa­tion, une aven­ture de désar­gence, en moins de 150 pages, ce qui était mon pa­ri de dé­part afin que nul ne puisse me dire qu’il n’a pas eu le temps de lire et d’y ré­flé­chir !

Le porte-mon­naie : une so­cié­té sans ar­gent ? par Jean-François Au­pe­tit­gendre, Les Édi­tions Li­ber­taires, 2013. 272 pages. 13 eu­ros.

Cet ou­vrage est dis­po­nible au CI­RA.