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Georges Darien

samedi 3 avril 2010

Georges Darien (1862-1921) est surtout connu comme auteur du roman Le voleur dont Louis Malle a tiré un film avec Jean-Paul Belmondo, mais c’est aussi un pamphlétaire, qui a collaboré à des revues anarchistes comme L’En-dehors et L’Escarmouche, et un auteur de théâtre.

Descaves proposa à Darien d’adapter une partie de son roman sur les Versaillais Bas les cœurs  ; ils vont faire de cette adaptation un brûlot anti-bourgeois. La pièce Les chapons se passe au moment de l’occupation de Versailles par les Prussiens. Elle met en scène des bourgeois terrorisés qui s’enferment chez eux. Au début puérils et ridicules, ils deviennent sous l’effet de la peur d’une cruauté sans pitié à l’égard d’une vieille domestique, ils la chassent sous la pluie battante de peur qu’elle ne fasse du mal à l’officier allemand qu’ils hébergent, mais avant de la mettre dehors ils lui font jurer qu’elle ne dénoncera pas l’endroit où ils ont enterrées les petites cuillères. À l’heure actuelle, la pièce a des relents de collaboration. La première, en 1890, au théâtre Antoine souleva une telle émeute, le chahut empêchait les comédiens de se faire entendre, qu’elle resta unique. C’est la plus actuelle des pièces de Darien, elle a été montée récemment.

L’ami de l’ordre, représenté au Grand-Guignol en 1898 reprend le thème de la Commune. La pièce montre la méchanceté, la lâcheté, l’inhumanité d’un bourgeois, mort de peur pendant la Commune. Pendant la semaine sanglante, il refuse d’accueillir une jeune communarde en fuite et se réjouit du martyre de Varlin.

Dans Croissez et multipliez, un propriétaire sinistre, monsieur Vautour, refuse de louer à un ouvrier qui a cinq enfants mais accepte avec joie de louer à une cocotte et va même jusqu’à baisser son loyer pour elle. La dénonciation du bourgeois se fait avec la légèreté d’un pièce de boulevard.

Le pain du bon Dieu oppose le monde des ouvriers et celui de minotiers qui trafiquent leur farine sans le moindre scrupule pour augmenter leurs bénéfices. Aucun théâtre n’accepta de monter la pièce.

La faute obligatoire dénonce la corruption de bourgeois qui, sous prétextes de philanthropie, satisfont leurs désirs sexuels. La perversion, l’angoisse, la folie rôdent. Son humour noir et son caractère étrange expliquent qu’elle n’ait été ni publiée, ni jouée.

Biribi est la seule pièce de Darien à avoir connu le succès. Elle est adaptée de son roman Biribi, discipline militaire paru seize ans auparavant et passé presque inaperçu. Biribi dénonce les bagnes militaires que Darien a bien connus. L’auteur, d’habitude plutôt sobre dans ses indications, fournit des détails précis sur les décors et les costumes ; il reconstitue ce qu’il a vécu. Le langage mêle argot et vocabulaire technique. La pièce provoqua un grand intérêt. Elle fut jouée en 1906 au théâtre Antoine, puis en tournées jusqu’à la fin des années 1930. Elle atteignit son but puisque le bagne d’Algérie fut supprimé.

Le théâtre de Darien est un théâtre militant ancré dans son époque et en même temps il est insolite et inclassable.

Monique Surel-Tupin